La vallée de la Meuse doit sa renommée en grande partie à sa métallurgie et à ses exploitations minières principalement à celles du charbon.
Et pourtant il y eu au fil du temps d’autres exploitations et industries moins connues au bord du fleuve .
L’exploitation de l’alun est une industrie qui a complètement disparu après avoir animé les bords de Meuse pendant au moins deux siècles.
Il agissait, cette époque, d’une industrie plus importante que les charbonnages.
Elle était présente principalement rive gauche de la Meuse entre Huy et Flémalle (20km).
Dans le sous-sol, il existe entre les couches géologiques de houille et de calcaire, du schiste alumineux de couleur noire à la structure feuilletée très friable (argile pénétré de pyrite) que l’on appelle aussi ampélites dont on extrait l’ALUN.
*mélange de silicate d’aluminium hydraté (schiste), de silice libre (sable) et de carbone
Cette couche avait, en fonction des endroits, entre 8metres et 28metres de large.
Qu’est ce que l’alun ?
C’est un sel composé de sulfates d’aluminium (Al), de potassium (K) et d’eau de cristallisation : K2Al2 (SO4)3.24 H2O
C’est une substance solide incolore aux propriétés astringentes*, émétiques*, hémostatiques*.
Son utilisation est multiple : On l’emploie dans l’industrie textile pour fixer les couleurs (le mordancage) sur les tissus, les peaux, sur le bois pour l’hydrofuger et l’ignifuger, sur les peintures pour les fixer. Les tanneurs* s’en servent pour raffermir les peaux et les conserver. Il est utiliser dans l’industrie alimentaire pour le raffinage du sucre, pour sécher les poissons comme la morue, pour clarifier le vin. En horticulture pour bleuir les hortensias, … Il sert à fabrication de colles fortes, de chandelles bien fermes. On l’utilise en cosmétique pour la fabrication de déodorant, en médecine pour cautériser les coupures après le rasage.
A l’époque et encore de nos jours, la fabrication d’alun est d’une grande importante car sa consommation est énorme.
Les premières exploitations datent de 1582. En 1795, on comptait 16 alunières en bord de Meuse.
Elles ont employés jusque 1000 personnes en été.
Le déclin de cette industrie à commencé avec notre rattachement aux Pays Bas en 1815, rendant le commerce avec la France difficile (importantes taxes douanières).
Il y a 7 étapes dans la fabrication de l’alun :
L’extraction : Elle fort identique à celle du charbon, on creuse un puis (bures) d’extraction verticales de 4 mètres sur 2 dans le terrain houiller non alumineux. Ensuite on perse des galeries horizontales jusqu’à la couche de calcaire et de la on creuse 2 galeries d’allongement (1,5 mètres de large sur 1,75 mètres de haut et 50 mètres de long) de part et d’autre, le long du calcaire.
Au fur et à mesure du creusement, les schistes étaient amener aux puits et remontés à la surface. Le travail terminé, on enlevait les piliers en commençant par les plus éloigné et on récoltait le schiste effondré.
On procédait de façon similaire 6 mètres plus bas et cela en général sur 3 niveaux.
On appelait cette méthode le « FOUDROYAGE ». Elle provoquait des affaissements appelés « FONDRIS » qui se répercutaient à la surface.
L’efflorescence : Le schiste était laissé en tap de 2 mètres de haut à l’action de l’air, de l’eau, de la lumière, du soleil, … pendant des mois (une année entière). Le schiste devenait ainsi friable et plastique.
Le grillage ou calcination : ici commence la fabrication proprement dite : c’est la phase délicate de transformation du schiste en sels de fer et d’aluminium.
Pour cela il fallait fabriqué un « fade » ou « faude » : on disposait sur 30 mètres de long et 3 mètres de large, huit à dix couches successives de fagots et de schiste de 60 centimètres de haut chacune ( 10 mètres de haut) sur un sol plat légèrement pentu pour éviter la stagnation de l’eau.
La dernière couche était constitué de schiste très fin pour rendre le imperméable à la pluie extérieur et aux vapeurs sulfureuses intérieurs.
Le « fadeur » conduit le feu. Il apporte l’air nécessaire avec des coups de pioche pour faire des cheminées et de l’eau à la surface pour maintenir la température idéale.
Cette opération durait une dizaine de jours.
La pyrite perd son soufre qui produit du sulfate d’alumine en attaquant l’argile. Le minerai noir à l’origine, devient rouge orange.
Le lessivage : Les « cuveleurs » amènent le schiste grillé dans des bassins en pierre. Il y a 12 bassins placés en deux rangées parallèles. Ils peuvent chacun recevoir 3500 kg de minerai, se qui correspond à 44 brouettes. Les différents bassins sont connectés entre eux. On y ajoute de l’eau.
Les « happeurs » sont les personnes qui prennent l’eau chargée en sels d’alun des puisards pour la verser dans les bassins, afin de parfaire le lessivage du schiste. Cette opération se répète toute les 24 heures. Le schiste est lavé trois fois.
Le minerai ainsi épuisé est disposé sur un « terrisse rouge » et l’eau alunée est acheminée vers des réservoirs en bois appelé des « coûve-al-rappaire », ce sont des bacs de décentration. Ils vont permettre aux matières insolubles de sédimenter. L’eau alunée va être dirigée vers une deuxième cuve appelée « bac d’évaporation »
La cuisson :
La première cuisson « le raffinage » est destinée à accélérer l’évaporation et à concentrer la lessive « l’eau alunée »
La deuxième cuisson « le brevetage » fait précipiter l’alun. Pour cela, on lui additionne des sels alcalins.
- dans la région liégeoise on ajoutait l’urine récolté dans les villages, idéalement il fallait qu’elle soit putrie, elle était ainsi de meilleur qualité et de plus cher à la vente. Elle était conservée dans des tonneaux « tonês al hle » ou « tonês al pihote » -
Ainsi était éliminé les sels ferrugineux qui donnaient une couleur brune à l’eau.
Le lavage ou édulcoration :
De l’eau claire était ajoutée pour purifier le mélange. Celui-ci était encore porté à ébullition jusqu’à saturation.
La cristallisation :
La matière était déversée dans des tonneaux en chêne de 1500 à 2000 litres. On l’y laissait cristallisée pendant 10 jours sans y toucher.
La « masse d’alun » obtenue « cristallisoirs » avait des parois de 30 cm d’épaisseur.
Le broyage:
L’alun était écrasé pour obtenir une poudre fine.
Il faut 60 tonnes de schiste pour produire 1 tonne d’alun.
On peut facilement imaginer la pollution dont était responsable cette exploitation.
Les fumées occasionnent des dégâts au voisinage :
-1710
suite à des réclamation des gens d’ampsin, l’usine à raffiner l’alun est déplacé du lieu dit « murguet » vers un terrain appartenant à l’hôpital saint Nicolas pour que l’usine se trouve à distance respectable des habitations.
-1755
A propos du ruisseau de Bende : « Les eaux amères des usine d’alun se déversant dans le ruisseau de Bende, les brochets et autres poissons ne remontenet plus le ruisseau, sauf en hiver, quand le travail dans les alunières est interrompu. Les vieilles personnes disent que lorsque les usines n’existaient pas, il y avait du poisson en abondance »
-1816
« La société alumineuse de Remont envahit et détruit sur les hauteurs des terrains qu’ils (les habitants) ont essartés*(défricher un terrain boisé) et fécondés de leurs sueurs et ,dans le fond du village, les eaux qui sortent de ses exploitations corrompent celles qui servent à leur bétail, stérilisent les terres et les vergers où elles se répandent et portent la mort dans les étangs auxquels elles communiquent »
Monsieur Louis de Lamine fut un des industriels les plus actifs dans la région.
Il a exploité le zinc, la calamine, le plomb, le fer, la houille et l’alun.
En 1813, il était propriétaire de 2 concessions d’Alun. La première était celle de Saint Nicolas à Ampsin, elle employait une centaines d’ouvriers et produisait 101,471kg d’alun par an.
La deuxième était celle de Raimont à Amay, elle produisait 67651 kg d’alun par an. Le kg d’alun était vendu à 29fr du kg.
Il crée en 1830 « la société alunière de Saint Nicolas » sur le site de Bende à Ampsin. Cette société existera jusqu’en 1890.
En 1869, un ouvrier gagnait 2,62 fr par jour, un enfant de moins de 14 ans gagnait 0,90 francs par jour, lune femme gagnait 1,14 fr par jour (12h).
La location d’une maisons ouvrière De Lamine coûtait 90fr par an.
Entre 1793 et 1968, il y eu 200 concessions des minières métalliques en bassin Liégeois dont 8 pour de l’Alun contre 800 pour de la houille.
14 Rue Lambermont 4540 Amay