
Il y a longtemps, lorsque les forêts couvraient presque toute la vallée et que les moulins tournaient nuit et jour, on disait qu'au crépuscule sept belles dames descendaient vers le ruisseau de Sarrette.
Elles étaient vêtues de longues robes blanches, si légères qu'on les croyait tissées dans la brume. Elles ne parlaient jamais aux hommes. Elles lavaient silencieusement des étoffes qui ne semblaient jamais se salir, puis les étendaient sur les fougères sans qu'aucune rosée ne les mouille. Les meuniers du moulin de la Papeterie connaissaient leur présence. Les anciens racontaient qu'il ne fallait jamais ouvrir les vannes lorsque les dames apparaissaient : l'eau devenait étrangement calme, comme retenue par une volonté invisible. Celui qui troublait leur ouvrage risquait de voir la roue du moulin s'arrêter sans raison.