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4. Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck, hôtes de l’abbaye

Abbaye Saint-Wandrille
Maurice-Louis Branger, « Lady Macbeth » à Saint-Wandrille, photographie, 1909
Crédit : © Rouen Tourisme
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C’est certainement Maurice qui est le premier à parler du poète symboliste belge, Maurice Maeterlinck, à Georgette. Cette dernière, admirative de l’écrivain, que certains n’hésitent pas à qualifier de « Shakespeare belge » avant même qu’il n’obtienne le prix Nobel de littérature en 1911, met tout en œuvre pour le rencontrer. Elle se fait engager comme artiste lyrique au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Leur première rencontre a lieu le vendredi 11 janvier 1895 à un « souper après spectacle ». En dépit du caractère quelque peu austère et introverti du poète, une idylle ne tarde pas à naître. Durant l’été 1897, les amants passent des vacances dans l’Orne, où ils ont loué, aux portes de la ville thermale de Bagnoles-de-l’Orne, une petite maison appelée « la Montjoie ». Lorsque Maurice vient les rejoindre, tous les trois sillonnent les alentours…à bicyclette bien sûr ! 

À partir de 1899, le couple choisit de passer l’été dans le pays de Caux, à Gruchet-Saint-Siméon, au sud-ouest de Dieppe. Les premiers temps, les tenues vestimentaires assez extravagantes de Georgette surprennent les habitants. Il en est de même de sa jupe noire d’amazone et de son boléro à boutons d’or lorsqu’elle pratique le vélo.

En 1906, l’annonce de la vente de l’abbaye Saint Wandrille, désertée par les moines depuis 1901, retient toute l’attention de Georgette et Maurice. Pas assez fortunés pour l’acquérir lors des enchères du 18 septembre 1906, ils arrivent à la louer auprès du nouveau propriétaire, M. Julien Chappée, un industriel havrais et ami du dernier abbé dom Joseph Pothier. Ils s’y installent en mai 1907, non sans provoquer quelques réactions hostiles parmi les membres du clergé local. La vie de comédien et d’artiste étant encore souvent considérée à l’époque comme sulfureuse, la rumeur, non fondée, de leur excommunication circula même un temps !

Le couple va passer tous ses étés à l’abbaye durant plus de dix ans, avec pour seule compagnie un secrétaire, un régisseur et deux domestiques. Ils se consacrent à leur art dans un site que Georgette apprécie particulièrement. Afin de mieux circuler dans ce vaste domaine Georgette fait l’acquisition d’un âne nommé Cadichon !

L’abbaye Saint-Wandrille
En 649, Wandrille, familier du palais du roi Dagobert, fonde un monastère qui prend le nom de Fontenelle, en référence à la rivière sur laquelle il est établi. Il est incendié par les Vikings en 852. Les moines s’enfuient en emportant les reliques de leur saint fondateur. En 960-966 ils reviennent sur site et reconstruisent l’église et les bâtiments conventuels, l’ensemble étant désormais placé sous le vocable de Saint-Wandrille. Au milieu du 13e siècle, l’abbaye est à nouveau victime des flammes. Les travaux pour rebâtir et décorer l’église et le cloître vont être longs, puisqu’ils ne sont achevés que dans les premières années du 16e siècle. Ce même siècle est ébranlé par les guerres de religion et l’abbaye pillée par les Protestants. Au 17e siècle, comme la plupart des abbayes bénédictines de Normandie, l’abbaye Saint-Wandrille est reprise en main par les moines mauristes*. Après la Révolution française, l’abbaye est vendue comme bien national. Achetée en 1791 par Cyprien Lenoir, elle est exploitée comme carrière de pierres ou affectée à diverses activités industrielles. En 1862, elle devient propriété d’un aristocrate écossais Lord Stacpoole. Sa fille, qui en hérite, décide de la revendre aux moines bénédictins de Saint-Martin de Ligugé, qui s’y réinstallent une première fois en 1894. Après une période d’exil en Angleterre consécutive à loi de 1905 portant séparation de l’Église et de l’État, la communauté monastique s’y établit à nouveau en 1931 et ce sans interruption jusqu’à nos jours.  

Moines mauristes : congrégation, crée en 1621, de moines bénédictins français connus pour leur érudition, qui a pour but de revenir à un régime monastique strict.

« Il était féérique de se promener ainsi à travers les siècles et les styles : on allait d’une chapelle de l’An Mil à la grâce d’un salon du XVIIIe siècle » Georgette Leblanc, Souvenirs.

Du théâtre à l’abbaye !

Leur présence à Saint-Wandrille est jalonnée par deux spectacles donnés dans les ruines de l’abbaye, qui marquent les spectateurs par l’originalité et la qualité de la mise en scène. Après une longue période de répétitions, Georgette réalise un rêve en interprétant, le 28 août 1909, le rôle de Macbeth, « sombredrame, tout plein de meurtres, de fantômes, de crimes et d’hallucinations », pour lequel « l’architecture [de l’abbaye], témoin d’un autre âge et [le] parc mystérieux étaient un décor fait à souhait ». L’auditoire est captivé, comme en témoigne un des journalistes invités : « Ceux qui ont vécu dans l’ombre ces instants magiques ne les oublieront pas. » L’année suivante, Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck veulent jouer Pelléas et Mélisande à Saint-Wandrille. Dans une de ses lettres à Maurice, Georgette admet que monter un tel spectacle dans ce lieu est un véritable défi à relever : « j’y pense jour et nuit…c’est difficile et passionnant car Pelléas se refuse aux réalités bien plus que Macbeth. Il me faudra changer, ajouter, compléter, pour recréer l’atmosphère et que le rêve ne s’arrête pas. ». Le succès est au rendez-vous et les journaux ne tarissent pas d’éloges.

« On a tout dit de cette admirable manifestation. Les grands journaux du monde entier ont crié leur admiration pour cette orientation nouvelle et unique de l’art du théâtre […] Nous avons admiré et salué bien bas cette fée de chez nous qui règne, l’été en pays de Caux et qui, pour le plaisir de quelques fervents privilégiés donne, une fois l’an, un coup de sa baguette magique. »

Entre les répétitions et les représentations, Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck reçoivent à Saint-Wandrille la visite de leurs proches et amis. Du côté de Georgette, il s’agit de Maurice Leblanc, bien sûr, et de sa sœur aînée, Jehanne. Quant aux amis, nombreux sont les écrivains et comédiens parisiens qui viennent voir les ruines de l’abbaye, parmi eux : Sarah Bernhardt, Lucien Guitry, Colette. […] Et même Marcel Proust, qui, pendant l’été 1907 passe à Jumièges et à Saint-Wandrille lors d’un voyage en automobile, à la recherche des cathédrales et abbayes normandes.

Mais les beaux étés s’assombrissent peu à peu. Le couple est secoué par des tempêtes. En 1919, la séparation est définitive, Maurice Maeterlinck venant d’épouser une jeune comédienne, Renée Dahon. Heureusement, la carrière de Georgette Leblanc connaîtra un renouveau !

Informations techniques

Lat, Lng
49.52979060.7668757
Coordonnées copiées
Altitude
11 m
Point d'intérêt mis à jour le 20/08/2026

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