





Lorsque Maurice Leblanc voit le jour à Rouen, le 11 décembre 1864, ses parents, Émile Leblanc et Blanche Brohy, ainsi que sa sœur Jehanne, d’un an son aînée, demeurent rue de Fontenelle. En 1870, la famille déménage rue de l’Impératrice (actuelle rue Jeanne d’Arc) puis s’installe rue du bailliage dès 1873. Leur appartement donne sur le square Solférino (actuel square Verdrel), lieu de promenade et de jeux prisés des jeunes citadins, auquel Maurice demeurera attaché toute son existence au travers de nombreux souvenirs. Pour les vacances, la famille, qui s’agrandit en 1869 d’une petite sœur prénommée Georgette, séjourne à Jumièges chez Ernestine et Achille Désiré Poulain, tante et oncle maternels de Maurice. Là, depuis les pièces de la maison de brique et de pierre aux dimensions relativement imposantes, l’enfant côtoie bien plus qu’un square public enserré dans un tissu urbain dense : le vaste parc de l’abbaye de Jumièges.
L'ABBAYE DE JUMIÈGES, ENTRE LEÇON DE CHOSES ET GOÛT DE L'AVENTURE
En 1933, à près de soixante-dix ans, Maurice Leblanc dans une lettre adressée à un ami se souvient : « Le seul nom de Jumièges a toujours été pour moi la plus douce évocation de mon enfance ; jusqu’en 1882, j’y demeurais enfant et adolescent, durant la plus grande partie de mes vacances. » S’il avoue qu’il n’a pas « au plus profond de [s]a sensibilité, d’image plus éblouissante et plus impérieuse que celle des ruines de Jumièges », il garde également un souvenir prégnant de certains des habitants du bourg sur lesquels il posait son regard empli de sympathie et de curiosité : « le père Paumier, instituteur à la retraite, vénéré pour ses albums d’autographes et le rocher qu’il édifiait patiemment dans son jardin avec des cailloux recueillis au cours de ses promenades ;
Aux yeux du jeune Maurice, l’enclos abbatial prend des allures de monde merveilleux. Les personnes qu’il rencontre lui semblent des héros, telle la propriétaire Madame Lepel-Cointet, qualifiée de « haute et puissante dame ». Le spectacle de la nature et de l’art provoque ses premières émotions esthétiques voire ses premiers questionnements métaphysiques.
Adulte, Maurice Leblanc n’oublie ni Jumièges, ni son abbaye, ni sa presqu’île : il signe quelques-uns de ses premiers contes publiés du pseudonyme de « l’abbé de Jumièges ». Il revient souvent au monastère et écrit dans le livre d’or « Maurice Leblanc, civis gemeticus ».
« Toute la beauté de la nature qui se mêle aux ruines et du passé qui s’entrelace au présent m’y fut révélée »
Maurice Leblanc
Sur le parcours, il y a : Le parc de l'Abbaye de Jumièges
Durant l’Ancien Régime, les jardins de l’abbaye de Jumièges étaient structurés autour du cloître, mais aussi autour d’espaces à vocation plus utilitaire que symbolique : le jardin potager, le jardin des simples et le verger-cimetière. Au milieu du 17e siècle, la construction du logis abbatial- indépendant des bâtiments conventuels - ajoute à l’ensemble de ces éléments, caractéristiques d’une abbaye bénédictine, un jardin d’agrément au tracé géométrique. La vente de l’abbaye comme bien national en 1796 entraîne un démantèlement du domaine que les nouveaux propriétaires, la famille Lepel-Cointet notamment, vont s’attacher à reconstituer puis aménager. La physionomie actuelle du parc est l’héritière directe des interventions conçues par les célèbres paysagistes Henri et Achille Duchêne, à partir de 1896, qui visaient en particulier à améliorer l’articulation entre les différents secteurs du parc et à insuffler à ce dernier une homogénéité d’ensemble. Aujourd’hui davantage que dans un jardin, le visiteur évolue dans un paysage.