

Les trognes : patrimoine végétal
On appel trogne ou arbre têtard, ces arbres auxquels on a coupé le tronc pour provoquer le développement de rejet. Leur silhouette est particulièrement étrange et torturée. L’élagage et l’étêtage régulier de ces rameaux créent de drôles de bourrelets de cicatrisation et des renflement biscornus.
C'est un arbre « paysan », témoin d’une longue histoire entre les arbres et les hommes.
Dès le néolithiques et l’apparition de l’élevage, l’homme pratique le recépage artificiel des arbres.
Toutefois c’est au Moyen Age que les trognes prennent de l’importance. Les paysans taillent les arbres en hauteur en moyenne tous les 5 ans pour mettre les repousses hors de portée des herbivores.
Ce bois joue un rôle essentiel dans leur vie quotidienne. Ils l’utilisent comme bois d’œuvre pour faire des objets en vannerie, des outils, des piquets, …
Il leur servira également de bois de chauffage : fagots, buche, charbon de bois (actuellement BRF) ainsi que de fourrage pour les bêtes.
La technique d’émondage va se perfectionner jusqu’à la fin du 20eme siècle pour tomber presque dans l’oubli aujourd’hui.
Les trognes pourraient pourtant être les arbres de demain. Leurs capacités d’épuration, d’assainissement, de protection des sols, de production de biomasse en font un atout pour la protection de l’environnement.
Ils accueillent une biodiversité exceptionnelle. Une multitude de vies végétales et animales est liée à leurs troncs (blessures, écorçage, fente, loupe, chancre), à leurs cavités (loges de différentes tailles, cavités à terreau au niveau du sol ou non, branches creuses, galeries d’insectes, dendrotelme), à leurs ramures et à leurs racines.
Les trognes offrent, à tous les étages, le gîte et le couvert aux insectes, oiseaux, amphibiens, reptiles et petits mammifères qui forment de véritables chaînes trophiques au sein de l’arbre.
Les oiseaux cavernicoles primaires (pic épeiche, pic noir et le pic vert) creusent leurs loges au sein des troncs. Les mésanges, les rapaces nocturnes et diurnes, la sitelle torchepot et le pigeon colombien occuperont ces loges également. Très souvent l’arbre têtard est recouvert de lierre. Le pinson des arbres, le pigeon ramier, le troglodyte mignon aiment s’y cacher et y nicher.
Les plus nombreux sont les insectes : ceux qui aiment le bois mort comme les coléoptères décomposeurs, ceux qui vivent sous l’écorce ou dans ses trous et ceux qui se nourrissent de feuilles, de nectar et de pollen.
Les petits mammifères chauves-souris, hérisson, … trouveront, au sein des cavités ou des fissures, un refuge pour passer la nuit ou la journée, pour hiberner , ainsi qu’un formidable garde-manger.
Les amphibiens (salamandre, tritons, crapauds, …) vivront plutôt au niveau du sol, dans les cavités formées par les racines.
Les végétaux ne sont pas en reste : mousses, lichens, champignons, fougères, lierre recouvrent notre trogne de la tête au pied.
De nombreuses espèces d’arbres peuvent être taillées en trognes. Celui qui s’y prête le mieux est le saule mais vous trouverez également des peupliers, des frênes, des platanes, des aulnes, des ormes, …