
A 300 mètres sur votre droite se trouve le lieu-dit Lann Justice. Curieux nom, pourtant révélateur de l’exercice de la justice sous l’Ancien Régime. A Bubry, l’ensemble de la paroisse était sous le fief et la juridiction de la haute justice de Pontkalleg en Berné, châtellenie fondée en 1281 par le Duc de Bretagne Jean 1er. En 1779, le Marquis de Pontkallec déclare au Roi « la paroisse de Bubry en laquelle ledit Seigneur et Marquis est pareillement seigneur universel, supérieur et fondateur » avec droit d’établir une potence.
Il a aussi le droit d’avoir « ses armes en bosse ou aux vitrages de l’église paroissiale », droit de coutumes audit bourg de Bubry de cohue, halle et trépas », de taxer les transactions commerciales. Possesseur de la terre de 18 fermes à domaine congéable, il en perçoit chaque année les loyers en argent, céréales, chapons et corvées, mais aussi des rentes sur de nombreuses terres et biens au bourg et dans les villages. Le seigneur de Brulay de Bubry, son prévôt, collecte ces recettes.
En 1842, le cadastre napoléonien situe un logis appelé Ty Névé ar Justice, la maison neuve de justice, au lieu-dit Lann Justice. Était-ce là que la Prévôté exerçait ses prérogatives ? Difficile à dire, mais il est certain que le Marquis de Pontkalleg, bien qu’il en eût le droit, n’éleva jamais de potence à Bubry. Plus sûrement, comme pour Plouay où s’exerçait autrefois sa haute justice, elle était au 18e siècle sous le ressort juridique du siège et sénéchaussée royale d’Hennebont. Aucun gibet n’apparaît d’ailleurs dans cette zone sur la carte de Cassini de la fin du 18e siècle. Il n’est toutefois pas exclu qu’il exista au Moyen-Âge, lorsque Bubry dépendait du Duc de Bretagne comme l’atteste la présence du Moulin du Duc. Ailleurs en Bretagne, là où ces « Lann Justice » étaient associés à des gibets, ils se situaient toujours près d’axes de circulation afin de faire exemple, ce qui est le cas ici.