
La salle de bal de la maison Picarde, anciennement maison du Peuple, située au premier étage, est recouverte d’un ensemble d’environ 4 000 carreaux décoratifs constitué de huit panneaux figuratifs et allégoriques encadrés par des céramiques représentant des éléments architecturaux. L’édifice a été érigé en 1922-1923 par Martial Rémi, géomètre-architecte, pour le compte de la société coopérative La Fraternelle, fondée en 1895. Après avoir visité le célèbre Vooruit de Gand (aujourd’hui salle de spectacle), l’architecte parvient à convaincre les maîtres d’ouvrage d’utiliser d’onéreuses faïences pour décorer la salle de bal. Cet ensemble est exceptionnel, tant par sa taille (près de 100 m2 de surface recouverte) que par la qualité de sa réalisation. Il a été réalisé par la manufacture Helman de Berchem-Sainte-Agathe et posé par les frères Vandecasteele, carreleurs à Mouscron. Les tableaux évoquent l’univers des ouvriers de la coopérative et sont inspirés d’une série de toiles qui furent exposées à Gand en 1902. Les dessins sont l’œuvre de jeunes artistes, amis et élèves du professeur Jules van Biesbroeck, à savoir Jules de Bleye, Achille de Maertelaere alias Bento, Gustaaf de Smet, et G. Dierkens. On retrouve les scènes suivantes : L’atelier de Jules van Biesbroeck ou l’artisan touchant à l’art ; Les forgerons ; Travail et Loisirs ; Retour à la ferme après les moissons ; L’horloge sonne cinq heures ; Les travaux aux champs ; Le laboureur ; Les glaneuses. Les deux panneaux qui entourent le balcon, nommés Les muses, font probablement partie du panel de décorations types proposées par la firme Helman.
Les carreaux plats ont été réalisés par la technique du pressage à sec. Comme décor, on trouve des glaçures unies, parfois avec des nuances de couleurs diverses, des glaçures présentant un lustre métallique (ce qui leur confère un aspect irisé) et des carreaux figuratifs, décorés de plusieurs couleurs d’émail séparées par un trait noir. La plupart des carreaux sont lisses, mais certaines surfaces sont bosselées ou présentent un motif géométrique en relief. Les éléments architecturaux en haut-relief (corniche, entablement, chapiteau…) ont été réalisés par moulage. Ils sont creux afin de permettre une bonne répartition du retrait lors du séchage et de la cuisson, ce qui évite les risques de fissures. Cela permet bien sûr également de réduire leur poids et la quantité d’argile utilisée.
Classement comme monument le 12 août 1988