
La prairie sommitale du Mont Aiguille apparaît au Moyen Âge et à la Renaissance comme l’espace inaccessible par excellence. Cette bande herbeuse d’à peine 5 ha est un îlot végétal séparé du reste du monde. Dans l’esprit des gens de l’époque, elle évoque l’idée que l’on se fait du paradis terrestre, rendu inaccessible aux hommes par Dieu à la suite du péché originel. Par sa forme, le Mont est considéré comme une curiosité de la nature que l’on qualifie de « merveille ». L’ascension de 1492 permet de vérifier que le sommet ne présente aucune trace divine.Les lettrés qui accompagnent Antoine de Ville, un prêtre notaire et un théologien, sont là pour en rendre témoignage. On y découvre un beau jardin, peuplé de chamois et d’oiseaux, ponctué de fleurs, dont le lys blanc, symbole de la royauté française. Nul dragon ou fée espiègle ou lavandière, mais la confirmation que cet espace vierge a de tous temps été promis au roi.On s’empresse alors de le baptiser et de dresser en ses coins trois croix visibles depuis le bas, qui montrent l’agrégation de ce territoire au royaume de France et au monde chrétien.