
Ce bel édicule aux allures de calvaire était autrefois une croix de justice. Il s’agit d’un monument en calcaire sur une base à double emmarchement, dont le haut socle compte quatre faces. Vient ensuite un haut fut octogonal reposant sur une base quadrangulaire. Celui-ci est sommé d’un chapiteau mouluré taillé sur ses quatre faces. À l’ouest, on trouve un Christ en croix, à l’est la Vierge, saint Martin de Tours au sud et, au nord, un personnage portant une tiare, en toute logique un pape. Cet édicule date probablement de la fin du XVIIe siècle. La croix de justice, monument profane utilisant un symbole religieux, symbolisait l’autorité du seigneur local sous l’Ancien Régime. Elle servait à borner le territoire de sa juridiction. Présentes sur tout le territoire belge, elles trouvent toutefois leur origine dans ce qui est aujourd’hui devenu la province du Luxembourg. Primitivement, il s’agissait d’un tronc d’arbre planté en terre pour marquer l’endroit où la justice était rendue. À l’ère chrétienne, la tradition s’est perpétuée et le tronc d’arbre a été surmonté d’un élément religieux puis, enfin, a été remplacé par une croix en pierre. Les croix de justice se distinguent des croix religieuses par leur section octogonale ou cylindrique, comme c’est le cas ici. De manière générale, elle se dressent sur un socle (comme ici) ou parfois sur un emmarchement. La plupart de ces croix, qui jalonnaient par dizaines nos campagnes, ont malheureusement disparu. Toutefois, on en compte encore quelques-unes dans le sud de la province : à Halanzy, à Heckbous (Arlon/Guirsch), Martué (Florenville), Meix-devant-Virton et enfin ici, à Musson.
À l’arrière, contre le mur de clôture de l’église Saint-Martin, on trouve le monument commémoratif aux combattants, prisonniers civils et déportés de Musson entre 1914 et 1938. Celui-ci a été aménagé au départ du portail de passage de l’ancienne église du XVIIe siècle, édifié initialement au sommet d’un escalier monumental et installé en 1922 devant la nouvelle église. Le portail, en calcaire appareillé, compte trois parties. Une allée centrale, aujourd’hui complètement obturée, abrite les plaques commémoratives. Quatre pilastres sur base moulurée et couronnée par un chapiteau toscan, encadrent des niches superposées. Entre ces niches, on trouve des motifs décoratifs végétaux. Un entablement toscan et un fronton central cintré à tympan frappé de palmes croisées complètent le dispositif.
Classement comme monument (croix de justice et monument commémoratif) et établissement d’une zone de protection le 5 février 1996